Silence !

Toute foulée naturelle devrait être silencieuse, car le bruit, c’est de l’énergie dissipée lors d’un impact. Si vous vous entendez courir, c’est que vous encaissez des chocs à chacun de vos pas. Et que vous gaspillez de l’énergie.

Cette analyse sonore de la foulée minimaliste m’a été suggérée par un commentaire sur un article du site iRunFar.com, où un coureur-ingénieur suggère que le bruit des pas est synonyme d’énergie dissipée et que la foulée économe se doit de minimiser ce gaspillage. C’est parfaitement logique et très pertinent pour les coureurs minimalistes qui visent à utiliser la seule mécanique du corps pour amortir chaque pas.

Je me suis alors souvenu de ma première sortie en Vibram Five Fingers, au tout début de ma transition au minimalisme. Mes mollets, raides de fatigue après seulement quelques kilomètres, ne jouaient plus leur rôle d’amortisseur. Chaque pas claquait au sol, une démonstration bruyante d’une foulée particulièrement inefficace.

Plus tard, intrigué par une usure plus importante des semelles du pied gauche de mes Merrell Trail Glove, j’ai tendu l’oreille : l’impact côté gauche était plus bruyant que du côté droit. J’ai alors altéré ma foulée pour tenter de d’équilibrer le niveau sonore. C’est en raccourcissant ma prise d’appui à gauche que j’ai finalement obtenu le résultat voulu, confirmant au passage une asymétrie dans mon mouvement.

Très récemment, et à l’autre extrême de ma conversion au minimalisme, nous étions trois participants à courir ensemble sur une large route de forêt dans les tous premiers kilomètres du 100 Miles de Haliburton Forest. Dans le silence du matin, on n’entendait que le bruit des pas de mes deux compagnons, mais presque pas mes propres pas. Un bon indice d’une foulée naturelle bien amortie et économe.

C’est en descendant de plus en plus silencieusement des pentes très raides que j’ai appris à engager l’ensemble corps dans l’absorption des chocs, un travail essentiel sur un trottoir en ciment avec une inclinaison de -15%. L’avantage de s’infliger de telles inclinaisons négatives sur un sol si dur, c’est que le bruit est décuplé, facilitant ainsi la détection des mouvements plus silencieux, donc plus efficaces.

Au début, il m’a fallu bien exécuter la prise d’appui sur l’avant du pied (difficile au début avec une telle pente) et sur la partie externe (utilisant ainsi la pronation naturelle pour amortir l’impact), l’arche du pied, le tendon d’Achille, le mollet et le genou prenant le relais pour minimiser les chocs.

Ensuite, tout le corps s’y est mis : d’abord les bras, en décrivant de grands cercles pour faire contre-poids et déplacer le centre de gravité du corps vers le haut juste avant l’impact, l’allégeant artificiellement. Pour mieux bouger les bras, il faut avoir les épaules bien souples. Et pour libérer les épaules, rien de tel qu’un torse qui pivote librement. Plus subtile mais également efficace, la rotation du bassin, qui permet d’aller chercher le sol un peu plus tôt et d’allonger le travail de réception.

Cette décontraction généralisée, ces mouvements impliquant le corps au complet sont d’une ampleur exacerbée lors d’une descente aussi raide, mais doivent persister une fois revenu sur le plat. Ou sur un sentier technique, pour mieux négocier les mauvais appuis.

En plus de réduire les traumatismes et d’être économe, je pense qu’on y gagne aussi en endurance :  plutôt que de courir avec ses seules jambes, on engage plus de muscles pour produire le même effort, ce qui réduit la fatigue de chacun d’entre eux.

Pour le choix de mes chaussures, je me base aussi (en partie) sur le bruit qu’elles génèrent : les Trail Glove sont très discrètes alors que les Road Glove (de Merrell également), avec leur semelle un peu plus rigide, « tapent » plus facilement. Quant aux MR00 de New Balance, c’est l’horreur, j’ai l’impression de courir avec des palmes.

Et pieds nus ? Plus un bruit, un vrai chat.

7 réponses à “Silence !

  1. Bonjour Yoan,
    Je vais courir ce soir et tenter de mettre ça en pratique. Si seulement ça pouvait être l’origine de mes douleurs à la hanche gauche…
    Et bravo pour les 70 km !!
    Nicolas

    • Merci pour le « bravo », mais ce n’est même pas la moitié de l’objectif… C’était tout de même une excellente course d’entraînement.

      Concernant ta hanche gauche, si mon texte d’inspire un début de solution, tant mieux. Sans garantie, malheureusement. Tiens-moi au courant !

      j.

  2. Avec les Trail Glove, j’ai l’impression de faire quand même pas mal de bruit, plus qu’un coureur en chaussures amorties qui fait plutôt « floup » sourd alors que je fais « tap » aigu. J’y ai fait bien attention ce matin, et j’ai pas trouvé le moyen de faire moins de bruit…

    • Sur les 20km de ce matin, j’ai une cadence de 100 pour une vitesse de 13.7km/h. Ca va être difficile d’augmenter la foulée ;-) Mais c’est peut-être seulement mes oreilles qui sont sensibles. C’est pas que ça fasse beaucoup de bruit, mais c’est un bruit plus sec et aigu que les chaussures des autres coureurs.

    • Effectivement, tu ne pourras pas aller beaucoup plus haut que 200 foulées par minute !

      Il reste les détails : changer l’angle l’attaque du pied, faire travailler le bassin, les bras, les épaules ? Et ton expérimentation fournira peut être une autre solution qui ne fonctionne pas avec moi, ou que je n’ai pas encore découverte.

      Mais sur route, c’est toujours assez bruyant, malheureusement,

  3. Pingback: Toujours prêt à courir… 160 km ? | Joan Roch / Coureur·

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