« Presque tous les Français qui s’installent ici puis qui viennent me voir veulent que je leur fasse un bilan médical annuel. Je ne comprends pas, ça ne sert strictement à rien ! »
Simon Benoît sait de quoi il parle, il est généraliste. Je suis ici, avec Anne, pour obtenir un certificat médical pour pouvoir m’inscrire à une course dans les canyons mexicains aux côtés des Rarámuris, une épreuve organisée par… un Français, justement.
« Ça aussi, une autre spécialité française étrange et tout aussi inutile : les certificats médicaux d’aptitude au sport. Bref… »
C’est vrai. Pour faire l’UTMB et la Diagonale de Fous, j’avais également dû voir un docteur pour me procurer ce sésame.

En surface, pourtant, ça semble cohérent de demander l’avis d’un professionnel avant de parcourir monts et vallées pendant des dizaines d’heures.
« La médecine moderne a fait des progrès énormes pour traiter les blessures, soigner les maladies. Mais la médecine préventive est vraiment nulle » continue Simon.
Cet épisode date de 2022, et les paroles de mon ami le toubib me sont restées en tête depuis. Je ne comprenais pas comment notre arsenal médical, avec ses machines à rayons, ses dissections moléculaires et ses greffes de presque n’importe quoi, pouvait être aussi efficace à réparer tout en étant déficiente à prévenir les maux.
Deux ans plus tard, j’ai fini par saisir, grâce à Outlive.
Ce livre, écrit par Peter Attia, lui aussi médecin, parle de longévité. Grâce à la science moderne, notre espérance de vie a fait des pas de géants. Le problème, c’est qu’on meurt vieux… mais pas souvent de vieillesse. Après 65 ans, on succombe avant tout aux cancers, aux maladies cardiaques, cérébro-vasculaires ou respiratoires et au diabète.
Vieux ET pourri. Pas chouette.
Quand, il y a quelques générations seulement, on claquait à 40 ans d’une maladie infectieuse à la con, ça ne laissait pas beaucoup de temps à un cancer de nous avoir ni à Alzheimer de nous ronger le cerveau. Maintenant, non seulement on permet à ces maladies se développer, mais en plus la médecine nous permet d’en mourir très lentement. Merci.
Dans Outlive, l’auteur explique qu’on a tendance à considérer ces maladies comme allant un peu de soi, à classer cette décomposition du corps et de l’esprit comme une conséquence normale de l’âge canonique, révélée par l’espérance de vie plus longue justement.
Peter Attia poursuit en précisant que (sur)vivre longtemps, dans ces conditions, n’est pas exactement une victoire glorieuse. Depuis des années maintenant, il travaille plutôt à faire évoluer les pratiques et prolonger non pas le lifespan, mais le healthspan : l’espérance de santé.
C’est là que Peter m’a fait comprendre ce dont Simon parlait, de l’incapacité du système actuel à empêcher l’apparition de ces maladies mortelles. Car, oui, statistiquement parlant, il est possible de retarder ou même d’éviter que nos dernières années, nos dernières décennies parfois, soient les pires de notre existence. Et la médecine moderne dans son approche actuelle n’est pas la réponse.
Car voyez-vous, ces maladies qui nous tuent, elle sont généralement presque aussi vieilles que nous. Elles se développent lentement, sournoisement, silencieusement pendant des dizaines d’années.
Dans Outlive, Attia décrit comment des adolescents victimes de meurtres par arme à feu présentent, à l’autopsie, les signes précurseurs de problèmes cardiaques qui auraient pu leur causer des soucis une trentaine d’années plus tard, s’ils avaient survécus. Le problème, c’est que si tôt dans le processus, ces indices sont indétectables sans qu’on vous tranche les artères au scalpel.
Idem avec les tumeurs. Quand elles deviennent visibles aux examens, c’est qu’elles ont atteint une taille importante et sont constituées de plusieurs milliards de cellules. Sauf que cet amas a commencé à se former bien longtemps auparavant, à partir d’une unique cellule. Elles sont si petites qu’elles passent littéralement sous le radar des scans les plus précis. Et même quelques milliers ou millions d’entre elles ne génèreront pas assez de substances pouvant être analysées par une prise de sang.
Même son de cloche inaudible pour le diabète, Alzheimer et autres réjouissances. Quand le mal se révèle, il est trop tard. La médecine traite, mais ne guérit pas vraiment.
Sauf que…
Ce qui nous tuera se développe avec nous, en fonction de notre génétique, notre environnement, nos choix de vie. Nombre de ces facteurs sont sous notre contrôle et peuvent réduire considérablement le risque de développer un mal mortel, ou de tellement retarder son apparition qu’on sera enterré avant qu’il ne nous embête.
L’idée n’est plus de survivre à tout prix le plus longtemps, mais de vivre le mieux possible, la longévité devenant alors une conséquence de cette bonne santé.
Et si je (enfin, Peter, Simon et les autres) vous disais qu’il existe un traitement gratuit, qui diminue rapidement et de manière presque miraculeuse toute forme de morbidité et de mortalité, vous seriez preneurs ?
La bonne nouvelle, c’est que ça existe.
La mauvaise, c’est qu’il va falloir faire un effort.
Ça s’appelle l’activité physique. Eh oui, encore.
Étude après étude, livre après livre, d’un podcast à l’autre, c’est toujours la même réponse : bougez, souvent, vigoureusement, et tout ira mieux. Toutes les fonctions du corps et de l’esprit bénéficient du mouvement. Les mécanismes activés par le sport sont la seule cure de jouvence scientifiquement prouvée.
Si être actif est de loin le remède préventif le plus efficace, ce n’est pas le seul, et Peter Attia poursuit en discutant de l’impact de la nutrition, du stress et du sommeil sur notre espérance de santé.
Côté calories, même si les régimes privatifs occupent toujours une place importante dans les magazines et les conseils prodigués en ligne, leur efficacité n’a jamais été prouvée.
Pour le stress, il semble évident qu’une existence calme est préférable à une vie inquiète (et le sport aide à améliorer la santé mentale, en plus).
Mais le sommeil, aviez-vous conscience de l’importance absolument capitale de bien dormir pendant un tiers de votre vie ? Curieusement, les études sur le sujet sont assez récentes, mais le résultat est sans appel : dormir environ huit heures par jour n’est pas négociable pour rester en bonne santé. Un déficit ou un excès chronique va engendrer de nombreux problèmes à long terme et, par la bande, favoriser l’apparition de ces maladies qui nous tuent.
En finissant ce livre, j’étais à la fois rassuré et un peu déçu cependant.
Rassuré d’avoir fait les bons choix au cours des 20 dernières années. En intégrant la course à ma vie, tout s’est amélioré. Mes choix alimentaires, mon sommeil, l’effet apaisant des heures passées dehors. Et j’ai atteint mes 50 ans en pleine forme et conscient que la suite de mon existence dépendait fortement du maintien de ce bel équilibre.
Déçu de constater que je n’ai plus grand chose à changer pour mettre toutes les chances de mon côté et espérer tomber du bon côté des statistiques.
À suivre…
En attendant, mon épaule va mieux et après quelques semaines de pause, j’ai repris ma routine anti-pourrissement.
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