Je pensais avoir eu une idée de génie. Mais non, bien sûr.
Petite mise en contexte : il y a quelques semaines, je parlais du bouquin Outlive, dans lequel le Dr Attia préconise la prévention tout azimuth plutôt que le traitement médical pour réduire la mortalité et augmenter non seulement l’espérance de vie, mais surtout l’espérance de santé. Et cette prévention passe par une hygiène de vie constante, impliquant activité physique, alimentation saine, sommeil suffisant et santé mentale.
Puis il y a eu ce commentaire sous ma publication, qui exprimait un désaccord, étrange selon moi. En gros, on me disait qu’il fallait d’abord régler les problèmes de performance des services de santé traditionnels avant de penser à investir dans la prévention. Bref, ne faire qu’une chose à la fois…
Bizarre, car inciter les citoyens à mieux prendre soin d’eux en expliquant les conséquences de piètres choix de vie me semble être la meilleure manière de rendre service au système de santé, en évitant au maximum d’en avoir besoin.
En plus, si je décide de mieux manger, de faire du sport ou de me coucher plus tôt, ça ne coûte rien à la collectivité. Si je ne fais rien de tel et que je développe des problèmes chroniques pendant la deuxième moitié de ma vie, là, par contre, c’est le système qui me prend en charge et tout le monde paye.
Après tout, les statistiques sont sans appel. Il est possible de réduire de manière colossale la mortalité et la morbidité en bougeant. C’est l’OMS qui le dit, le répète et le martèle. En vain, puisque la proportion de ceux qui respectent les recommandations minimales d’activité physique ne cesse de diminuer.
Que faire ? Si seulement il y avait un mécanisme universel pour inciter les gens à modifier leurs choix et leurs comportements…
Ah mais oui, les pépettes ! D’où mon idée de génie : que se passerait-il si on nous offrait du flouze pour se bouger un peu plus le cul ?
J’ai aussitôt interrogé Google et ChatGPT pour savoir si quelqu’un d’autre parmi les huit milliards d’humains y avait pensé avant.
Oui, plein de monde. Comme je disais au début, pour l’idée originale, c’est complètement raté. Bref.
Il y a des applications qui fonctionnent sur ce principe, des programmes gouvernementaux, des offres de compagnies d’assurance, des employeurs qui incluent le sport dans les heures de travail.
Pas de quoi devenir millionaire en se bougeant le cul. Non, pour ça, il est préférable d’avoir la bonne génétique et de devenir influenceur fitness. Pour les autres, est-ce que quelques dollars par mois suffisent à désinhiber les hésitants ?
Apparemment, oui. Les humains réagissent bien aux encouragements financiers, même modestes, qui génèrent une gratification immédiate en échange d’un comportement dont les bénéfices ne se révèlent qu’à long terme. Nous sommes ainsi faits.
Même si l’approche de certaines applications est discutable, surtout celles qui ciblent spécifiquement celles et ceux qui désirent perdre du poids, l’intention reste de mettre les gens sur la bonne voie assez longtemps pour que le changement comment à opérer et qu’une habitude s’instaure.
Si, à long terme, l’illusion que le sport fait perdre du poids est remplacée par la conviction que l’activité physique est tout simplement bonne pour la santé, il y a de meilleures chances que le mouvement devienne routine, comme le brossage de dents et les économies pour la retraite.
Quid de ceux qui s’entraînent déjà régulièrement ? Les options sont plus rares, mais certaines applications restent pertinentes… à condition d’avoir l’esprit joueur. En effet, pour motiver les motivés, plusieurs sites vous invitent à définir un objectif, arbitraire et personnel, et à parier votre argent sur votre réussite, là encore en choisissant seul la somme qui vous convient. Vous atteignez l’objectif ? Vous récupérez la mise avec un bonus. Vous échouez ? Votre argent sera utilisé pour récompenser ceux qui n’ont pas fléchi !
Malheureusement, aucune de ces approches ne semble avoir changé grand-chose. Combien de sédentaires sont devenus régulièrement actifs pour quelques dollars de plus ? Les compagnies d’assurance ont-elles augmenté leur profits en récompensant leurs clients pour leurs saines habitudes de vie ? Aucune idée.
De mon côté, j’apprécierais que mon Strava soit monnayable, pour services rendus au système de santé. Un peu comme le Narrateur dans Fight Club qui tend un piège à son boss pour obtenir un salaire en échange de son absence totale du bureau, je rêve d’une mécanique qui nous récompenserait de ne pas encombrer les salles d’attente des médecins et nous tiendrait loin du comptoir de notre pharmacien.
Et vous, à combien évaluez-vous le salaire de votre sueur ?
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