L’an dernier, j’ai presque tout raté

Ces douze treize derniers mois, motivé par le passage de ma cinquantième année, j’ai écrit sur le vieillissement et expliqué encore (et encore) que l’exercice physique est essentiel, même si c’est difficile, même si c’est décourageant. J’étais en mission pour sauver l’humanité de sa dangereuse adiposité… mais prêcher des convertis, est-ce vraiment utile ? En tout cas, mes textes n’ont pas fait boule de neige, c’est le moins qu’on puisse dire. Alors j’ai essayé d’autres approches comme la provocation, la pitié, l’innovation et l’espoir. Patate. Il me restait quoi, Le coup de gueule ? D’accord, j’essaye. Résultat ? J’ai eu l’impression de crier sous l’eau.

Dépité, je n’ai toujours pas retrouvé le courage de pondre un nouveau texte, malgré mes lectures convaincantes et des statistiques toujours plus sidérantes sur les bienfaits de se bouger le cul. Si j’ai délaissé le clavier, j’ai tout de même continué à mettre mes entraînements en image (n’en déplaise à certains). « Show, don’t tell », qu’y disent.

Outre la course, maintenant je muscule, précisément depuis la veille d’Halloween 2021 — oui, c’est très arbitraire comme date, comme quoi les résolutions peuvent se prendre n’importe quand dans l’année. Pour me divertir et aussi pour valider que mes mouvements ne sont pas trop laids, je photographiais d’abord mes séances, passant ensuite à la vidéo (verticale, putain). J’espérais recevoir des critiques constructives sur la technique approximative de mes épaulés-jetés, ou peut-être quelques pouces bleus en échange des efforts déployés, bref n’importe quoi générant une interaction. Mais encore une fois, que dalle.

En vérité, pas tout à fait : on m’a plutôt demandé si je courais encore. Comme si les deux activités étaient mutuellement exclusives. Oui, je cours encore, et presque tous les jours. Flairant-là une occasion de renouer le dialogue avec les coureurs que mes séances de levage de fonte laissaient de marbre, j’ai sorti mon drone et publié quelques séquences aériennes sympathiques. Des tours de piste d’athlétisme, de mystérieuses lignes droites en plein fleuve, des aventures brumeuses ou lumineuses au sommet d’une colline montérégienne, et même un hommage aux femmes.

Au fil des vidéos, j’ai expérimenté des astuces de montage pour créer du contenu de qualité. Mais ces reels ont subi le même sort que notre défunt podcast « Rien ne sert de courir » racontant mon aventure au travers des marécages de Floride puis des sentiers des Appalaches. J’ai passé des dizaines d’heures à mixer narrations, effets sonores, musiques, interviews et extraits audio captés dans l’action. J’ai terminé deux épisodes de 15 minutes chacun qui ont finalement eu le même effet que des bouteilles vides jetées à la mer.

Si j’avais besoin d’une preuve supplémentaire que les réseaux sociaux ne récompensent ni l’effort ni la qualité, je n’aurais pas pu faire mieux.

Une chance qu’il y a un domaine ou seule la persévérance individuelle paye : le sport. Et cette activité physique, eh bien, je l’ai bien plus pratiquée que communiquée. Si après bientôt 20 ans, ma marge de progression en course à pied est nulle (voire négative), côté musculation, j’ai de beaux jours devant moi et je peux sans hésitation affirmer que je n’ai jamais été aussi en forme de ma vie, car je suis définitivement un athlète bien complet que lorsque je ne faisais que courir. Ceci dit, même en courant moins, je peux encore franchir 5 000 mètres en moins de 20 minutes, avancer toute une nuit sans boire une goutte d’eau ou me faire un ultra entre amis un soir de semaine.

Et c’est également hors des réseaux que j’ai compris que, finalement, j’ai réussi mon coup. À force de montrer l’exemple à la maison, le message a fini par atteindre le seul public cible qui compte vraiment : mes enfants. Ma grande s’est mise à courir sur tapis, faire des squats et des abdos ; mon garçon a commencé la musculation et l’escalade, ma plus jeune l’équitation ; et les deux ont grimpé le mont St-Hilaire à la course en pleine tempête de neige. Ouais, c’était une bonne année, y a pas photo.

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7 réflexions sur “L’an dernier, j’ai presque tout raté

  1. Tu as bien raison… Moi aussi j’ai voulu changer le monde d’abord, puis c’est moi que j’ai changé et à l’approche de mes 65 ans, je me rends bien compte que y a que les ronds dans l’eau qui comptent. Mon fils aussi est en forme… COmment faire autrement me dit-il avec une mère comme toi! Je combien muscu et course également et à l’aube de mon âge d’or, je suis forte et en pleine forme… Et à tous ceux qui me demandent comment je fais, je leur répond: Etes-vous sûrs de vraiment vouloir savoir! Et de temps en temps, il y a des gens qui m’approchent, certains que je ne connais même pas pour me dire que je les ai inspiré et que s’ils s’entraînent maintenant c’est un peu grâce à mon exemple… Alors je me dis : « Job well done »… Et j’ai compris il y a longtemps que parler et communiquer ne sert à rien. Moi, je suis mon message! Bonne route!

  2. Si seulement on faisait la promotion de l’activitée physique de la même manière qu’on fait la promotion de l’alcool…

    Ou si il était collectivement valorisé ou encouragé de faire des déplacements actifs.

    Je recommande à tous la lecture du livre « tout le monde aime danser » de Chloé Rochette. On y aborde la notion assez peu commune « d’avoir du fun »; peu importe le niveau/vitesse. Juste pour le fun!

  3. Deuxième article reçu depuis le début de cette année 2025 et je me demande pourquoi je les reçois maintenant et que j’en ai manqué autant. En tout cas, des articles que j’ai beaucoup aimé lire. Merci!

    Je suis plutôt d’accord avec le « Bougez, tabarnak ! » et je découvre que plus je bouge, plus je me sens bien. Je m’étais même inscrite au CanadaWoman du mont Mégantic et bien que l’entraînement restait un peu fou en le combinant avec une job d’enseignante, je dois l’avouer: je me sentais bien et je dormais comme un bébé. Malgré tout, il y a toujours une part de combat, surtout dans l’après.

    Tout ça pour dire que j’aime te lire et il faut continuer! Moi, ce qui me botterais ce serait d’entendre comment tu arrives à surmonter tes petits moments de « j’ai pas envie, maudite marde ». Mes collègues me trouvent vaillante alors que moi, j’ai l’impression de combattre trop souvent mon démon de la paresse.

  4. C’est pas bien grave de presque tout raté, d’abord qu’on s’amuse en le faisant!
    Au plaisir de te relire!

  5. Salutations!

    Je me rappelle, il y a longtemps, alors que je vivais vraiment dans un mode super-actif, une de mes collègues est venue me voir. Une jeune femme début trentaine, fin vingtaine. Une femme résolument ronde, avec une démarche affectée par sa morphologie.

    Elle savait ce que je faisais: 2 x 10km au moins 6 jours semaines, le vélo en plus etc. Je distribuait les plans d’entrainement au travail comme on donne des bonbons à l’halloween. Je lui avais proposée de participer à des activités auparavant et n’avait pas répondu. Là, elle venait me voir par intérêt pour le 5 km de course. Elle avait peur de s’engager dans l’activité.

    Elle avait peur de faire rire d’elle. D’avoir l’air ridicule. « Je ne pourrai jamais faire ça comme toi! » me dit-elle.

    Mon coeur s’est fendu. J’ai eu tellement de peine. Et je lui ai dit ceci:

    Écoute, il n’y aura qu’un gagnant ou gagnante. Tout le monde vont le regarder. Sauf pour quelques supporters, la plupart des gens regarde la personne qui finit en traversant la ligne d’arrivée en premier. Personne ne vas se préoccuper de toi.

    Poses-toi la question: je te dit: On part ensemble et grimper l’Everest, d’ac? Tu vas me répondre que je suis malade de faire ce genre de proposition! Mais si je te dis: on se fait un plan, et on se donne 2 ans pour atteindre l’objectif, avec un 6 mois de sécurité au cas ou. Cela devrait te paraitre bien plus faisable, non?

    Poses-toi la question: tu fais ça pour qui? Pour les autres ou pour toi? C’est ta première course; pourquoi devrais-tu t’attendre de faire rire de toi en finissant la première, sachant que c’est à peu près impossible à réaliser? Au contraire, tu devrais investir ton énergie à compléter l’épreuve.

    « Mais je pourrai pas courir toute la distance! »

    Pourquoi devrais tu la courir au complet? Et si tu te donnais l’objectif de simplement compléter l’épreuve, peut importe comment? Pourquoi ne pas simplement courir un peu, reprendre son souffle en marchant, puis courir encore un peu alternativement jusqu’à la fin?

    « On a le droit de faire ça? »

    Il y en a qui le fond en talon haut, à reculons ou de côté, et d’autres qui ne font que le marcher. Tu ne finiras pas la dernière, j’en suis certain. Mais mets la compétition de côté; fais-le pour ton accomplissement personnel, à ton rythme.

    Elle l’a fait en courant.

    Comment je vois les choses, c’est que c’est formidable de performer des distances incroyables, avoir une résistance incroyable, et toutes sortes d’autres prouesses. pour Mr et Mme tout le monde, c’est le spectacle de l’Élite; les extra-terrestres, les surhumains. Et quelque part, cette élite, elle a commencé comme les autres à marcher en se cognant la tête contre des murs, ou se marteler le genou sur un plancher, avec des éraflures de tapis en sprintant à 4 pattes. Mais en se modélisant comme une réussite, l’historique est omis, de part et d’autres.

    Mais le spectacle de l’élite, il discrédite et décourage toute aspiration pour des personnes qui bougent peu ou pas. Parce que les prouesses sont (apparement) surhumaines et inatteignables sur le moment. Pa pour rien que des gens envoie promener des gens qui ont poster sur leur fil « J’ai couru tant de km aujourd’hui! You Houu! ». Ça na rien du dégoût pour les personnes qui perforent; c’est, je crois, l’incapacité de croire en eux-mêmes, parce que les modèles semblent inaccessibles.

    Faut descendre de la montagne et accompagner les aspirants qui sont dans la plaine, et y aller au rythme des plus lents, si on veut que tous embarquent.

  6. Ce qui est malaisant dans ton approche, c’est qu’on sent une volonté de justifier ton narcissisme quotidien chest-bras (en bédaine, par surcroît) par une volonté de promouvoir l’activité physique et la bonne hygiène de vie.

    À mon humble avis, ce n’est pas en te montrant à chaque jour en train de faire une série d’exercices dans tous les angles possibles que tu vas convaincre le monde de te suivre. À vrai dire, en faisant ça, tu te parles à toi même. Tu n’y arriveras pas non plus en exposant tes capacités au 5 000 mètres déshydraté.

    Si tu veux réussir, je te recommande de parler parler à monsieur et madame tout-le-monde. Tu dois leur faire comprendre que le volume d’activité n’est pas ce qui est le plus important, pas plus que les gros bras et les push-ups inversés avec veste lestée ou encore les ultras à la volée. Ce qu’il faut, c’est être actif souvent. Il faut viser l’assiduité, la constance. Il faut surtout y trouver du plaisir.

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