Transition au minimalisme

Techniquement,  ma première course en chaussures minimalistes date du 6 juin 2011. Je profite d’une année lamentable pour tenter une transition à la course qualifiée de naturelle. Je n’ai rien à perdre : aucun objectif en vue, aucune régularité dans mes sorties, j’ai à peine envie de courir. Ça fait neuf mois que ça dure.

Tant qu’à perdre mon temps, autant réapprendre à courir.

Premier test, une dizaine de kilomètres en Vibram Five Fingers. Mes mollets sont furieux. Trois jours plus tard, j’explose mon petit orteil sur un rocher en grimpant le Mont-Royal par sa pente la plus raide et son sentier le moins praticable. Au minimum, une bonne entorse. Une fracture ? Pas impossible.

Quatre jours plus tard, comme mon orteil est trop enflé pour pouvoir rentrer dans les Five Fingers, j’estime que la meilleure solution est de courir dans un autre modèle de chaussures minimalistes. Je choisis les Merrell Trail Glove. J’ai le temps de faire deux sorties (et autant de chutes sur les sentiers du Mont-Royal) avant le 58km de l’UltimateXC de Tremblant. Hein, quoi ?

Résumons : ça fait neuf mois que je me force à courir, mes performances sont pitoyables, j’ai les mollets durs comme du ciment après mes cinq premières sorties en chaussures minimalistes et mon petit orteil est gonflé, mauve, douloureux. Oui, quelle bonne idée d’aller courir 58km sur des sentiers ultra-techniques, dans une rivière ou des pentes de ski. En chaussures minimalistes bien entendu, pas question de me dégonfler…

Ma course est un échec total. Après une erreur de parcours qui me fait rater la section de la rivière, je tombe assez durement et mon tibia encaisse le choc. J’abandonne après 23km, le tibia dans la glace, assis dans une voiture me ramenant au point de départ, soulagé.

Frustré.

Fâché.

Graduellement, après un mois et demi d’arrêt, toujours légèrement chaussé de mes Trail Glove, je reprends un entraînement plus régulier. Mon orteil est guéri, mes mollets s’habituent, ma foulée s’allège. Les performances ne sont pas au rendez-vous mais je reprends plaisir à courir.

Motivé.

Condamné à prendre le métro pour cause de fermeture hivernale de la piste cyclable du pont Jacques-Cartier, je décide de laisser tomber complètement mes déplacements à vélo et de courir le matin de chez moi jusqu’au métro, puis du métro au travail. Idem pour le retour en soirée. Tous les jours. Environ 12km par jour. Assez vite, je change pour un parcours plus long, avec parfois un détour par le Mont-Royal.

Le premier mois, avec la neige et la glace, j’opte pour mes New Balance M1110, chaussures traditionnelles de trail, robustes et imperméables. Début février, les conditions sont meilleures et je me risque en Trail Glove. Ça passe. Je continue d’augmenter le volume. En deux mois, je totalise autant de kilomètres que 2011 au complet. Mi-mars, le pont rouvre et je n’ai plus besoin de couper mes courses en deux pour prendre le métro. Le lendemain, je franchis la barre symbolique des 1 000km. Puisque mon corps supporte le volume d’entraînement, j’augmente encore les distances.

Aïe.

Mon pied fait mal. Ça a commencé lors d’une descente raide sur les trottoirs de Côte-des-Neiges. D’habitude, mes douleurs disparaissent rapidement. Pas cette fois. Sur le dessus du pied gauche, entre les orteils, ça fait mal. C’est gênant pendant la course, et vraiment douloureux au repos. Assez pour me faire boiter sérieusement toute la journée. Je consulte un physiothérapeute qui ne comprend pas comment je peux courir 100km par semaine sur une blessure. Je tente alors le repos. Aucun changement. Je prends des anti-inflammatoires. Pas mieux. Une visite chez une ostéopathe ne donne rien non plus.

Dépité, je décide de courir malgré tout en donnant des vacances à mon pied, en rechaussant mes grosses New Balance. Eh bien, les chaussures traditionnelles sont en fait de véritables chaussures orthopédiques. Le pied ne travaille plus du tout : je le sens, il ne fait rien, tellement rien qu’il ne me fait plus mal. Même les mollets s’ennuient.

Quant aux quadriceps, c’est une autre histoire : la foulée modifiée par l’épaisseur des semelles, je recommence à attaquer du talon pour le première fois depuis deux mois. Bien que je cours tous les jours de la semaine depuis trois mois, dès ma première sortie en chaussures traditionnelles, j’ai des courbatures aux quadriceps. Ça m’indique que ma foulée minimaliste est bien différente de mon ancienne foulée, ne mobilisant pas les mêmes muscles.

Autre indice de la transformation en cours, mes pieds semblent avoir changé. À cause de la douleur persistante au pied gauche, je l’inspecte attentivement pour vérifier s’il est enflé. On dirait bien que oui… et pourtant, le pied droit est pareil. En fait, les deux semblent légèrement enflés. À moins qu’ils n’aient tout simplement pris du volume. Des pieds musclés ? Possible. Mes mollets aussi semblent avoir pris du volume, au détriment de mes quadriceps. Excellent, il me semble qu’un mollet est plus économique à mobiliser qu’un gros quadriceps.

Deux semaines de course en chaussures « orthopédiques » plus tard, je reprends les Trail Glove, puis y ajoute les Road Glove. Pour éviter de mettre de la pression à la base des orteils, j’ai supprimé les deux premiers rangs des lacets. La douleur est encore présente, puis s’atténue pour disparaître quelques semaines plus tard. Bon débarras, douleur non-identifiée !

Libéré du spectre de la blessure, j’augmente à 22km par jour, minimum. Je traverse les 58km de sentiers de St-Donat sans encombre. Je me prépare ensuite pour mon premier 100 miles, qui s’arrêtera finalement dans la boue après 68km, mais dont je récupérerai en quelques jours seulement.

Et me voici fin octobre, 4 000km au compteur, plus rapide que jamais.

Tout ça grâce à une forme de course naturelle, moins traumatisante, plus économique, plus efficace.

Comparée à 2009, mon année de référence en chaussures traditionnelles, la transformation est radicale.

Alors que j’avais du mal à aligner 4 courses par semaine, j’en fait maintenant 10, du lundi au vendredi. Je n’aurais jamais pu atteindre ce volume d’entraînement si ma nouvelle forme de course n’était pas beaucoup plus économique. Ma fréquence de course est passée de 180 à 196 foulées par minute, un excellent indicateur d’une foulée plus courte, donc moins traumatisante. Toujours affamé en 2010 avec mes 56km par semaine, je ne prends maintenant plus que deux repas par jour (soit rien à midi) pour survivre à mes 110km hebdomadaires, et mon poids est identique. La demande en énergie est manifestement bien moindre avec ma nouvelle foulée plus légère. Et la performance ? Facilement 15s de moins au kilomètre, sur le plat. En montée, c’est le jour et la nuit. En descente, même constat. Dans les trois cas, courir sur l’avant du pied et avec les mollets plutôt que le talon et les quadriceps semble faire toute la différence.

Et ce n’est pas fini. Mois après mois, je remarque encore que des changements s’opèrent. Ma transition au minimalisme n’est pas encore complète…

3 réponses à “Transition au minimalisme

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